Le temps passe, les vacances des fêtes sont déjà terminées et l’hiver est enfin arrivé. L’hiver ici, ça ne veut pas dire que tout devient blanc et que la température reste sous les zéros degrés Celsius. Dans la vallée, la neige reste rarement au sol, il faut grimper à plus de 1000 mètres d’altitude pour voir des paysages enneigés. Il fait tout de même froid, un froid parfois si humide que même si le thermomètre indique -3 degré, il est plus désagréable de se promener à l’extérieur que s’il faisait un -20 degré sec. J’ai parfois l’impression que le froid pénètre jusque dans mes os et me refroidi de l’intérieur. Par chance, le soleil, souvent présent dernièrement, réchauffe rapidement l’environnement nous permettant même parfois de prendre le déjeuner (dîner en québécois) à l’extérieur. Je m’étonne constamment que l’herbe dans la vallée reste d’un vert éclatant, comme les premières poussées du printemps au Québec. Il ne fait pas assez froid pour que le sol gèle en profondeur, ce qui permet aux plantes de rester vivantes. Les arbres sont dégarnis de leurs feuilles, mais certains troncs sont recouverts d’une mousse verte claire, ce qui ajoute aussi un peu de couleur à cette période plus terne. D’ailleurs, ici, si le manteau nuageux n’est pas trop haut, il est possible de s’évader des journées nuageuses. On n’a qu’à monter dans les montagnes, à passer par-dessus les nuages, et là le soleil est encore plus réjouissant. À plus de 2000 mètres, avec la neige recouvrant les sommets et la mer de nuage tout autour, c’est vraiment magnifique!
Toutefois, il n’y a pas seulement en hauteur qu’il y a des choses à découvrir. Dans la basse vallée du Grésivaudan, lors d’une récente balade de l’autre côté des montagnes du Vercors, j’ai découvert des gigantesques champs de noyer, d’où proviennent une partie des fameuses noix de Grenoble. Tout comme nos vergers de pommiers, ces nombreux arbres s’étendent sur plusieurs kilomètres, tous plantés à quelques mètres l’un des autres. Je n’ai pas eu la chance de les voir remplis toutefois, à ce temps-ci de l’année ces fruits enrobés d’une coque épaisse sont déjà tous tombés et ramassés. D’ailleurs ici, les français les nomment des « noix » tout simplement. Je me suis fait prendre une fois en demandant des noix de Grenoble, j’ai eu droit à un regard très surpris, il ne pousse pas beaucoup de noyer dans la ville… En cherchant avec Sylvain, nous avons découvert que le nom « noix de Grenoble » a été la première appellation d’origine contrôlée (AOC) fruitière reconnue en France, et pourtant, je n’ai pas encore croisé de français qui était au courant de cette désignation. Il faut dire que les AOC sont plus populaires du côté des vins ou des mousseux, que je découvre de plus en plus d’ailleurs. J’ai célébré la nouvelle année pour la première fois en buvant du Champagne presque toute la soirée. Ici, en payant 20 euro, on peut se permettre d’acheter d’excellentes bouteilles de vin ou de mousseux françaises. Pour les vins, c’est toutefois plus intéressant quand on est capable de les déguster à leurs justes valeurs. Je commence à discerner un peu plus les odeurs et les saveurs, mais j’ai encore de la difficulté à différencier la signification des mots astringents et tanniques… Cet automne, j’ai eu la chance de visiter une cave à la vente des vins de Beaune, en Bourgogne, et d’y déguster 10 vins différents produits par l’entreprise Patriarche. À chaque année, le 3ième dimanche de novembre, les différentes caves de Beaune ouvrent leurs portes, moyennant un prix d’entrée, et aussi des bouteilles exclusives pour ce moment de l’année. Certaines bouteilles attendent 10 ans, 20 ans et même plus de 30 ans pour l’occasion… La visite commence par la descente dans la cave, on passe dans des couloirs étroits de murs de pierre, où certains doivent se pencher parfois pour ne pas se cogner la tête au plafond (pour mon cas, ça passe partout…), on croise plusieurs énormes bidons remplis de vins, des étalages remplis de centaines de bouteilles, jusqu’à arriver dans une première salle, où heureusement le plafond se fait plus haut. La pièce est éclairée par des chandelles, formant des grandes ombres qui oscillent sur les murs, on entend l’écho des murmures de discussions des différents groupes de personnes rassemblés ici et là, observant, humant et goutant, le premier vin blanc servi par un homme en costume cravate. La poursuite de la visite se fait de salle en salle, au travers des 5 kilomètres de labyrinthe de galeries souterraines, où dans chacune un vin différent est servi. Je peux vous dire que plus on avance dans les salles, plus l’ambiance se fait chaleureuse et plus le ton de voix augmente! Dans la dernière, les gens chantent des chansons traditionnelles sur le bon vin et la bonne compagnie, et les groupes différents se mélangent pour ne faire plus qu’une grosse masse principalement rassemblée autour du serveur, dont la cravate est étonnamment bien relâchée! Revenons un peu en avant, dans la 7ième salle, où je me suis rendue compte que le vin rouge que je buvais a été mis en bouteille quand j’avais à peine 3 ans! Sublime, je ne pensais jamais qu’un vin pouvait dégager autant d’arômes qui restent autant plus savoureux sinon plus en bouche, comme si l’on buvait un jus de fruit après lui avoir retiré tout le sucre pour n’en conserver que les saveurs. Incroyable! Mais mon étonnement était loin d’être terminé, puisque les 2 salles suivantes nous avons dégustés des vins de 1973 et 1959. Impossible de reprendre un deuxième verre, ces dernières étant vendues entre 200 et 1000 euro la bouteille, vous imaginez! Moi je ne cessais de penser à tous ces gens qui ont travaillé à la main à cette époque pour recueillir les raisins, les presser et les mettre en bouteille. Se doutent-ils aujourd’hui de la valeur de tout leur travail? Il faut toutefois voir ça comme un art, et dans ce métier l’artisan n’est pas nécessairement celui qui travaille physiquement, mais bien celui qui a su faire les bons mélanges de raisin, avec les bonnes vignes les mieux placés dans la colline, avec le bon ensoleillement, et bien sûr le bon embouteillage et entreposage… Je n’aurais jamais cru qu’il y avait autant de particularité dans la fabrication du vin, et je n’ai pas fini d’en apprendre. J’ai rencontré des français un peu fanatique de la dégustation, qui arrivent à déterminer, sans avoir regardé l’étiquette de la bouteille, de quelle région provient le vin, seulement en regardant sa limpidité, sa couleur, sa robe et ses jambes…
À part toutes ces découvertes fabuleuses, je poursuis mes démarches de recherche d’emploi et j’apprends à être de plus en plus patiente avec le côté administratif français, ce qui n’est pas toujours évident. Je travaille maintenant à temps partiel dans un centre de conditionnement physique pour donner des cours de Pilates. J’adore ça, mes groupes comptent entre 5 et 30 personnes, tous motivés à reprendre des muscles ou à continuer à travailler même si certains exercices sont difficiles ou exigeants. Ça me fait différent de la clientèle blessée où j’ai eu souvent l’impression de devoir les motiver et les encourager à continuer, à bouger et à forcer plus qu’ils ne sont habitués de le faire. Là, comme les gens viennent de leurs pleins grés, même si c’est dur, c’est normal, c’est ça qu’ils recherchent! J’ai d’ailleurs eu plusieurs bons commentaires sur mes cours, du genre : « Merci pour le cours, j’ai vraiment bien travaillé musculairement ». Je crois n’avoir jamais eu d’aussi beaux compliments en tant que physiothérapeute. À Grenoble, d’ailleurs, les gens sont particulièrement en forme. J’ai vu beaucoup de personnes aller courir dans la montagne, et quand je dis montagne, c’est pour monter sans arrêt une pente en zig zag de minimum 300 mètres à la course pour ensuite la redescendre encore plus vite! Des vrais masochistes pour les cuisses! Il faut dire aussi que dans la région, la majorité de la population fait du ski alpin, du ski de randonnée, du ski de fond, de la randonnée pédestre, du parapente, du kite (parapente en ski ou en planche à neige) ou pour les plus extrêmes du base jump (se lancer d’une falaise et profiter de la chute libre avant d’ouvrir son parachute). À Grenoble, avec toutes les immenses chaînes de montagne qui l’entoure, c’est l’endroit parfait pour tous ces sports. Pour ma part, je découvre de plus en plus le ski de randonnée et je profite bien du ski alpin (où je peux encore mieux employer le nom depuis que je ski dans les Alpes…). Je vous en écrirai peut-être plus long sur ce sujet dans un prochain message…
Au plaisir d’avoir de vos nouvelles!
Marie-Josée