Salut à tous, voici un article que j’ai écrit pour l’Osmose, journal hebdomadaire du centre de réadapation de l’estrie (CRE). Voici d’ailleurs le lien: www.osmosecre.wordpress.com
“Déjà le temps d’une nouvelle chronique, il me semble que peu de temps s’est écoulé depuis la dernière fois que je vous ai écrit et j’avoue m’être demandé combien dans les plus de 200 employés du CRE, prennent le temps de lire l’Osmose jusqu’au bout et mes textes par le fait même… C’est vrai qu’ils sont longs, il est vrai que moi aussi lorsque je travaillais au CRE je ne prenais pas le temps de lire l’Osmose à tous les mois, parce que je considérais que j’avais des personnes plus importantes à m’occuper, mes usagers. J’avoue que si je calcule toutes les heures cumulées dans une semaine, je donnais la majeure partie de mon temps à m’occuper des autres, à leur bien-être et beaucoup moins à penser à moi. Maintenant, je regarde Sylvain travailler entre 60 et 70 heures par semaine comme docteur assistant-chef, à donner des soins tous les jours, à se préoccuper de ses patients même dans ses temps de repos, à superviser les internes et à les diriger, à enseigner des cours aux kinésithérapeutes de l’université, bref à se préoccuper constamment des autres. À la fin de la journée, il n’a qu’un besoin, se préoccuper de lui-même, seul, et surtout de ne pas avoir à prendre de décision. Même ses amis se plaignent de ne plus le voir. Lors de ses fins de semaine où il ne travaille pas, je le sens préoccupé, il a toujours une pensée vers ses patient, est-ce qu’il a bien fait, est-ce qu’il ne devrait pas faire autrement, est-ce que ses chefs le trouvent compétents, est-ce que la personne va vraiment être mieux lundi, etc. Il me fait penser à moi, quand je travaillais à temps plein au Québec. Et là, aujourd’hui, je suis complètement à l’opposé, je fais presqu’exclusivement des activités pour me faire plaisir à moi. J’ai recommencé à coudre, à cuisiner, à écrire, je vais marcher ou faire du ski quand il fait beau soleil, j’ai même commencé des ateliers d’écriture et des cours de percussion corporelle. Je devrais être comblée, moi qui ai toujours dit que je ne prenais pas assez de temps pour moi! Hélas non, je ne peux m’empêcher d’envier mon copain, le travail de physiothérapeute me manque, principalement pour le bonheur de sentir que j’apporte quelque chose à l’autre, que j’aide la personne à avancer dans sa réadaptation. Je ne suis pas prête toutefois à faire 60 heures par semaine et je considère maintenant que l’équilibre entre s’occuper des autres et de soi-même est important. Et même encore plus au travers d’une même journée.
En France, j’ai remarqué qu’ils prennent plusieurs temps d’arrêt, des moments de rencontres sociales, pris à des temps définis dans la journée de travail. Par exemple, le matin, quand j’étais réceptionniste au Parc Naturel de Chartreuse, la majorité des employés arrivaient vers 8h30 pour prendre le café ensemble, tous regroupés autour du bureau d’accueil. À 9h00, après avoir fait leur « social », ils partaient travailler chacun de leur côté jusqu’à l’heure du déjeuner. Le repas du midi étant le plus important de la journée, l’employeur nous donnait le droit de prendre jusqu’à une durée de 1h30 située entre 12h et 14h. Et pour la majorité, pas question de prendre 30 minutes, ou encore moins de manger sur le coin de leur bureau (ils le faisaient de temps en temps, mais vraiment si c’était absolument nécessaire). Et avant de reprendre le travail, le café avec les collègues les attendait encore, parfois, lors de journées ensoleillées, sur la terrasse du Café du coin ou encore une fois autour de la réception. C’est vrai que la journée de travail se terminait plus tard (généralement autour de 17h30 à 18h30), mais je dois avouer qu’après 1h30 de temps de repos, je me sentais nettement plus efficace et je ne voyais pas le temps passer jusqu’à 18h. Le fait d’avoir eu le temps de socialiser aussi est vraiment gratifiant dans une journée, je rentrais chez moi satisfaite d’avoir pris des nouvelles de mes collègues de travail et d’avoir fait connaissance avec de nouveaux visages, sans me sentir coupable de m’être arrêté dans ma journée de travail. Je ne sais pas si c’est vraiment possible de reproduire plusieurs temps d’arrêt sociaux dans un contexte de soin de santé, en sachant que nos heures de thérapies sont souvent définies et peu malléables. Même en France, le travail à l’hôpital semble bien axé sur la productivité, où parfois la vie de la personne en dépend. Toutefois, il faut bien manger sur l’heure du midi, alors pourquoi ne pas en profiter pour prendre une heure de temps social, pour laisser de côté notre travail et s’intéresser à nos collègues, à leurs vies, à apprendre à les connaître plus? En tout cas moi je compte bien m’y mettre à mon retour et n’hésitez pas à me le rappeler si vous me voyez ruminer pendant mon heure de dîner!
Au plaisir d’avoir de vos nouvelles!
Marie-Josée”






















































